Cette addresse du pasteur Robert
Ulysse a ete presentee lors du premier congres de Vision Globale en
Novembre 1998.
Message Aux Chrétiens
d'Haïti
Haïti traverse aujourd'hui
les moments les plus critiques de son histoire. Elle est
virtuellement en faillite. L'effondrement de notre système social,
politique, et économique menace cette première république noire du
monde d’extinction. La misère chronique des masses a atteint son
paroxysme. La dégradation de l'écosystème national annonce un
désastre écologique sans pareil. L'intensification du processus de
désertification du pays, commencé depuis environ 40 ans menace
d’éliminer la capacité d'Haïti de maintenir la vie. Dans certains
endroits du pays les sources d’eau et les rivières ont complètement
disparu. Il ne nous reste qu'environ 1% de couverture forestière. La
hausse extravagante du coût de la vie, causée en grande partie par
une halte presque complète de la production nationale, menace
d’affamer une grande partie de la population. Notre
sous‑développement chronique et anachronique, l'insalubrité de nos
villes, la délinquance sociale, l'instabilité politique, nous ont
valu la marginalisation et la risée de la communauté mondiale
On s'interroge souvent sur les causes qui pourraient
être à la base de la misère chronique du peuple haïtien. Il y en a
qui se demandent, perplexes, si le créateur a oublié ce petit coin
de sa création. On constate qu’aujourd’hui Haïti est devenue pour
l’Hémisphère Occidentale ce qu'une plaie nauséabonde représenterait
pour un corps humain. La grande question que tout le monde se pose
est la suivante: pourquoi ne sommes nous pas parvenus à trouver la
route de la paix sociale et du développement économique après près
de deux cents ans d'histoire? Plusieurs explications sont offertes.
Quelles qu'elles puissent être, elles doivent être considérées comme
des branches qui doivent leur existence à une seule racine
pivotante. En d’autres termes, il faut retourner aux conditions dans
lesquelles cette première république noire du monde avait pris
naissance afin de comprendre son histoire tumultueuse, confuse, et
misérable.
En effet, pour se libérer
des liens infernaux de l'esclavage et proclamer leur indépendance,
les esclaves de St‑Domingue avaient dû faire appel à des forces
surnaturelles. C'est un fait indéniable que pour lancer la révolte,
les dirigeants indigènes ont tenu une cérémonie vaudouesque au
Bois‑Caïman où des forces surnaturelles ont été invoquées. Or, il
est un fait notoire que l'univers est sous l'influence de deux
forces: celle du bien sous le contrôle du Dieu créateur, et celle du
mal sous le contrôle de l'archennemi de Dieu, Satan. Les deux forces
sont réelles. Si l'on admet que dans la nuit du 14 août 1791 les
esclaves avaient fait appel à des forces surnaturelles, on doit
aussi admettre qu'ils ne s'adressaient pas à Dieu, la force du Bien.
De toute manière, les esprits qu'ils avaient invoqués n'étaient pas
restés indifférents. Car, immédiatement après la cérémonie, nos
ancêtres ont lancé une offensive contre les colons esclavagistes,
qui a conduit à la cuisante défaite de la puissante armée de
Napoléon. Les dirigeants indigènes étaient conscients de l'apport
des forces surnaturelles dans la lutte pour l'indépendance. C'est ce
qui explique d’ailleurs, que de 1804 à nos jours, nos dirigeants
n'ont jamais cessé de leur témoigner leur gratitude. Ces esprits ont
reçu le titre officiel de "dieux tutélaires" de la nation haïtienne.
Si les esprits qui avaient présidé à la cérémonie du
Bois‑Caïman sont les dieux tutélaires d'Haïti, est‑il étonnant que
notre histoire soit ce qu'elle est durant les deux derniers siècles?
Point du tout. L'arbre doit produire le fruit qui lui est propre.
Car, pourquoi sommes-nous enfermés dans un sous développement si
primitif occasionnant une misère insoutenable pour le peuple
haïtien? Les analystes peuvent avancer ce qu'ils veulent. Mais
toutes les raisons qu'on aura trouvées pour expliquer les
souffrances d'Haïti se résumeront en une seule: la méchanceté dans
le coeur des dirigeants qui se sont succédés au pouvoir chez nous
depuis 1804, la méchanceté étant définie comme "l'absence de l'amour
pour autrui".
Retournons au dualisme
évoqué précédemment. L'univers est dominé par deux forces: Celle du
bien et celle du mal. La Bible nous dit que Satan personnifie la
force du mal et qu'il est la source de la méchanceté. Tandis que
Dieu personnifie la force du bien et qu'Il est la source de l'amour.
Faisons le raisonnement suivant: les esprits du Bois‑Caïman, n'étant
pas du côté de la force du bien, ils sont donc avec la force du mal.
S'ils sont les dieux tutélaires d'Haïti, comme l'ont toujours avoué
nos dirigeants et intellectuels, n'est‑il pas naturel de voir le mal
régner en maître sur Haïti? Personne ne va nous convaincre que notre
sous‑développement est dû au fait que nous sommes nègres, sinon que
ferait‑on des pays comme les Bahamas, la Jamaïque, etc. En cherchant
à comprendre le cas d’Haïti, on doit tirer cette conclusion: Haïti
avait pris naissance sous l'influence du mal, elle est dirigée
pendant près de deux cents ans sous l'influence du mal, elle subit
aujourd'hui les conséquences du mal. Pour renverser cette situation
il faut une nouvelle influence sur Haïti et l'on verra de nouvelles
conséquences.
La Responsabilité du
Chrétien
Quel peut être l'apport
des croyants chrétiens? Jésus eut à dire à ses disciples qu'ils sont
le sel et la lumière du monde. Quand on pense au rôle respectif de
ces deux éléments, on comprend ce que Jésus voulait enseigner à ses
disciples. La présence du sel dans une maison peut être de deux
utilités. D'abord donner du goût au mets, ensuite conserver la
viande. Il n'est de maison dans le monde où le sel n’est pas
quotidiennement à l'honneur. Peut‑on imaginer l'état du monde si un
jour le sel devenait introuvable sur la terre? Si le Seigneur avait
dû comparer ses disciples au sel, n'avait‑Il pas en tête que leur
présence aiderait à donner du goût aux sociétés dans lesquelles ils
seraient appelés à vivre? Et aussi les empêcher de tomber en
putréfaction? Tout observateur lucide admettra qu'actuellement la
vie en Haïti est sans goût et que dans tous les sens la société est
en pleine putréfaction. Il ne suffira pas d’observer et de dénoncer
un tel état de fait. Votre rôle, en tant que croyants chrétiens, est
de donner du goût là où il n'y en a pas et conserver là où c'est
nécessaire.
Le Seigneur avait aussi
déclaré que ses disciples devaient être la lumière du monde. Le rôle
primordial d'une lampe dans une maison, est d’empêcher que ses
occupants circulent dans les ténèbres. Peut‑on imaginer une maison
qui n'aurait pas de lumière le soir? Il serait presque impossible
d'y faire quoi que ce soit. En se déplaçant, on risquerait de se
heurter soit contre un mur, un objet ou même une autre personne.
Bref, le fonctionnement à l'intérieur d’une telle maison deviendrait
très difficile. Cette illustration ne décrit‑elle pas exactement la
société haïtienne? En tant que nation, cela fait deux cents ans
environ que nous tâtonnons, cherchant la route de la paix sociale et
du développement économique, mais en vain. Ne ressemblons‑nous pas à
des occupants d'une grande maison, qui essayent de réaliser
d’importants travaux durant la nuit, mais dans le noir. Résultat?
Confusion généralisée, collusion les uns avec les autres, avec les
murs, avec les articles ménagers, aucun travail réalisé. Dans une
pareille situation on n'a besoin que d’une chose: La lumière.
Puissent les croyants chrétiens aider à apporter cette lumière !
N'oubliez pas que vous êtes plus que deux millions.
Croyants chrétiens, faites
briller votre lumière, et éclairez cette maison haïtienne enténébrée
depuis près de deux cents ans. Afin d’y parvenir, il est nécessaire
que certaines questions qui ont toujours fait l'objet de
controverses parmi les croyants chrétiens soient d'abord élucidées.
La question de la non
participation active des croyants chrétiens aux affaires politiques.
Nous sommes tous habitués
à entendre ce refrain: "Kretyen pa fet pou nan politik", c'est à
dire les chrétiens devraient se garder de la politique. Une telle
déclaration doit‑être comprise à la lumière de deux faits:
1. Ce que l'on entend par
"participation"
2. L'expérience du vécu
politique haïtien dans notre histoire
1. Quelle
participation?
Participer aux affaires politiques de son pays peut être vu sous
plusieurs aspects: participer en tant que dirigeants, dirigés ou
votants. Ceux qui se sont toujours opposés à la participation des
croyants chrétiens aux affaires politiques ne sont pas contre une
participation en tant que dirigés, sinon il faudrait soustraire les
croyants chrétiens de la société. Ils ne s'opposent pas non plus à
une participation en tant que votants. Leur problème est plutôt au
niveau de la participation en tant que dirigeants. En tout cas, vous
avez le droit et le devoir de participer aux affaires de votre pays
par vos votes.
2. Le vécu politique
haïtien. Cette distance traditionnelle observée par les
chrétiens vis‑à‑vis de la direction des affaires politiques
s'explique encore mieux par le vécu politique haïtien qui affiche un
bilan tout à fait négatif durant les deux siècles de notre histoire.
Elle n'est jalonnée que de cruauté, malversation, méchanceté,
coup‑bas, intrigue, et tout ce qui est semblable. Tout cela est
indigne d’un croyant Chrétien dont la vocation est d'aimer et de
faire tout ce qui est bien. Voilà pourquoi il se sent repoussé par
la politique, ce qui est normal. Mais il est aussi un fait
indéniable à souligner. Les croyants comme les non-croyants
subissent les conséquences des actes posés par les dirigeants
politiques. Quand un règne de terreur est établi sur le territoire,
il affecte l'un comme l'autre. Quand l'économie est mal gérée, nous
en payons tous les prix à travers la hausse du coût de la vie, le
manque d’emplois, le manque de soins de santé, etc. Ces faits
prouvent que tous les citoyens, croyants comme non croyants, font
partie intégrale du système socio‑politique du pays. Vous, qui
représentez la force du bien, n'êtes pas obligés de subir
passivement les conséquences des actes de la force du mal. Si vous
combinez vos forces pour cibler un même objectif, vous pouvez donner
une nouvelle direction à ce pays
Au point où nous sommes
parvenus, le salut d'Haïti ne peut venir que d'en haut. Vous qui
croyez dans la puissance du Dieu créateur et dans celle de son Fils
Jésus, vous pouvez empêcher à la barque nationale de couler. Vous
avez la réponse. Ne la cachez pas. Suivez l'exemple du prophète
Elie. Il peut vous inspirer.
Pendant 3 ans et 6 mois il
n'y avait ni pluie ni rosée sur Israël. La famine faisait rage. La
sécheresse s'abattait sur tout le territoire. La population était
aux abois. Les animaux mourraient de soif et de faim. Dans chaque
foyer c'était le désespoir. Vint Elie, le prophète. Il touche la
plaie du doigt. Il accuse les dirigeants du pays. Il les rend
responsables des malheurs du peuple et du pays, parce que, dit‑il,
ils ont abandonné le Dieu d'Israël pour servir plutôt les Baals. Il
leur lance un défi. Résolvons ce problème une fois pour toutes, leur
propose‑t‑il. Construisons un autel. Mettons‑y un sacrifice. N'y
mettons pas de feu. Que chacun s'adresse à son Dieu. Et celui qui
enverra du feu pour consumer le sacrifice sera reconnu comme Dieu.
Les dirigeants et le peuple sont d'accord. Elie donne le devant aux
dirigeants et leurs prophètes. Ils servent tous les dieux Baal. Ils
sont en tout 450 prophètes. Ils ont invoqué Baal depuis l'aube
jusqu'à midi. Il n'y eut point de réponse. A la tombée de la nuit,
Elie leur dit: c'est assez. Vous avez suffisamment essayé, leur
dit‑il. Baal N'ayant pas répondu par le feu, Elie passe à l'action.
Il demande qu'on verse suffisamment d'eau sur l'autel. Il prie son
Dieu, le Dieu d'Israël. Sans tarder le feu descend du ciel et
consume le sacrifice. La foule crie à tue‑tête: c'est l'Eternel qui
est Dieu, c'est l'Eternel qui est Dieu. Avant qu'ils aient le temps
de quitter le mont Carmel, le lieu du miracle, un nuage parait à
l'horizon. Elie fait dire au roi Achab qu'il va pleuvoir. Quelques
moments plus tard la pluie commence à tomber. C'est la première fois
depuis trois ans et six mois.
Chers concitoyens, nos
deux siècles de relation avec les "dieux tutélaires" de la nation
sont un échec. Après 12 heures d’invocation sans succès, les 450
prophètes de Baal avaient reconnu leur échec. Ils avaient
suffisamment essayé, mais en vain. Les quelques moments d'Elie, par
contre, étaient un succès. Tel était le résultat du changement de
Baal à l'Eternel. Serait‑ce maintenant le moment de procéder à un
changement chez nous?
Aux croyants chrétiens,
nous disons sans ambages, vos votes estimés à plus de deux millions
suffisent pour introduire une nouvelle ère en Haïti. Nous savons que
vous priez constamment pour Haïti. Si vous ajoutez l'action à vos
prières, Haïti revivra à cause de vous. Votre action et vos prières
peuvent nous donner une Haïti où:
1. C'est Dieu qui, en
tout, occupe la première place.
2. C'est l’amour qui
règne, au lieu de la haine.
3. C'est le bien qui
règne, au lieu du mal.
4. La justice est une pour
tous.
5. La sécurité et la paix
règnent dans les coeurs, dans les foyers, et dans les rues.
6. Tout le monde peut
trouver au moins deux repas par jour.
7. Les soins de santé sont
accessibles et disponibles à tous.
8. L'éducation est
accessible et disponible à tous les enfants.
9. Tout le monde peut
trouver un emploi.
10. Le service
téléphonique est disponible à tous, à la ville comme à la campagne.
11. Le service électrique
est disponible à tous, à la ville comme à la campagne.
12. Tout le monde peut
avoir un habitat décent, à la ville comme à la campagne.
13. Il y a des routes
praticables pour que l'on cesse de voyager dans des conditions
infra-humaines.
14. Tout le monde a accès
à de l'eau potable.
Que le Dieu de grâce fasse
de vous des instruments de paix et de progrès pour Haïti, en
attendant le retour de son fils, Jésus‑Christ.
Pasteur Robert Ulysse